Un malentendu tragique entre médecin et patient

Résumé
Une parfaite illustration de la confusion des mots :
- Et si la maladie n’était pas une anomalie statistique, mais une étape du vivant ? Non pas une une aberration à éliminer, ni punition ni un hasard, mais un signal précis, venu nous rappeler un désalignement plus ancien.
- Et si la maladie redevenait ce qu’elle a toujours été: symptome. Ensuite, le symptôme deviendrait message, et le traitement, écoute. Il ne s’agit plus d’éradiquer, mais de comprendre — de remonter le fil qui a conduit à ce point de rupture.
La guérison commence alors bien avant que la maladie disparaisse. Elle commence au moment où l’on reconnaît que quelque chose en nous cherche un autre accord. Regarder la maladie autrement, c’est aussi transformer notre rapport à la vie, au soin, à notre place dans le monde.
La Maladie — langage du corps, miroir du vivant
1. Pourquoi ce thème ?
La maladie n’est pas une erreur du corps. Elle n’est pas une punition, ni une défaillance, ni un hasard malheureux. Elle est un message — parfois brutal, parfois silencieux — mais toujours porteur d’un sens.
Dès que j’ai commencé à écouter les patients autrement, j’ai compris que le symptôme ne demandait pas à être supprimé, mais entendu. Il est comme un mot isolé, détaché de la phrase à laquelle il appartient. Il devient violent ou absurde lorsqu’il n’est plus relié à son contexte.
Mon approche n’est pas d’abord médicale au sens conventionnel. Elle est interprétative, sensible, relationnelle. Car pour moi, la maladie est un langage du corps — une forme que prend la vie pour signaler un désalignement plus profond.
2. Comment agit-elle ?
La maladie agit comme un accélérateur de conscience. Ceci malgré le fait qu’elle crée un ralentissement dans le corps, et par là une possibilité d’éveil dans l’être. Elle interrompt un fonctionnement automatique pour faire place à un questionnement : pourquoi maintenant, pourquoi ici, pourquoi sous cette forme ?
Ce n’est pas la maladie en elle-même qui est guérissante, mais ce qu’elle met en mouvement. Elle oblige à modifier notre posture, nos attentes, nos rythmes. Elle fait tomber les protections, les routines, les apparences.
Elle agit à plusieurs niveaux :
La maladie nous dit souvent : » tu ne peux plus continuer ainsi « . Mais elle ne dit pas encore comment faire autrement. C’est là que commence le soin.
3. Ce que j’en fais en pratique
Je me tourne vers le symptôme, je me tourne vers le présent (car symptôme, etymologiquement, veut dire en grec ancien σύμπτωμα, súmptoma = « coïncidence, accident » et ces deux significations nous ancre dans le présent) :
- J’ai mal au coeur : signifie-t-il encore le conflit entre valeurs intrinsèque et rejet du réel qui ne les respecte pas, ou est-ce que je me trouve déjà a somatiser, a créer une indigestion?
- J’ai mal à la tête : est-ce que je m’identifie encore avec le flot des pensées ou est-ce que je somatise déjà pour créer une tumeur ou un AVC?
- J’ai mal au reins : est-ce que je me sens rejeté, écrasé par ceux qui sont sensé me soutenir, ou est-ce que je somatise déjà et abandonne ma part de responsabilité dans ce que je critique, créant un lombago ou, pire, une insuffisance rénale?
- J’ai mal aux genou : est-ce que je me sens exclu de la communauté du groupe qui était sensé m’accueillir en son sein, ou est-ce que je détruit la fonction essentiel du genou de lancer le pied dans la direction choisie, de me plier aux dures réalités du « vivre-ensemble » ?
Car, sans le symptôme, la maladie n’est rien, n’existe pas dans la réalité du patient. Mon rôle n’est pas d’éradiquer un symptôme. Il est de lui faire une place : une place dans le récit du patient, dans son corps, dans son histoire.
Je travaille avec cette idée : le symptôme parle quand tout le reste a échoué à le faire. C’est pourquoi je l’écoute comme un partenaire, même s’il fait peur, même s’il fait mal.
Je cherche le moment où la maladie a pris forme : l’instant, souvent oublié, où une mémoire a gelé, où un conflit a été écarté. Ce moment-là n’est pas forcément traumatique, mais il est souvent chargé d’ambivalence ou de solitude.
Je propose un espace où la maladie peut se dire autrement : à travers le corps, la parole, le silence, le rythme. Et c’est dans cette écoute-là que quelque chose, parfois, se réajuste de lui-même.
4. Une ouverture
Et si la maladie n’était pas ce qu’il faut éliminer, mais ce qu’il faut traduire ? Et si elle était, non pas un ennemi, mais un allié exigeant ? Un messager maladroit, mais loyal — un miroir cassé qui nous oblige à chercher une autre image de nous-même.
Regarder la maladie autrement, c’est aussi transformer notre rapport à la vie, au soin, à notre place dans le monde. Il ne s’agit pas de l’idéaliser, mais de reconnaître qu’elle nous traverse, comme la vie elle-même — non pour nous abattre, mais pour nous réaccorder.
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